20/08/2008

A mes amis rattachistes

Bercé par ses réflexions, je me devais, et je l’avais promis, de commenter le livre d’Amin Maalouf « Les Identités meurtrières ». Il ne s’agit pas à proprement parlé d’un commentaire, mais plutôt d’une réflexion guidée par les thèses de Maalouf.

Le 12 juillet dernier, B Plus (voir www.bplus.be) célébrait la fête de la communauté flamande à Dinant. Au programme, l’asbl avait invité Bert Kruismans, un humoriste bien connu en Flandre, qui a présenté un spectacle à propos, et dans les deux langues, « La Flandre pour débutants . Un groupe wallon « les Tupperwavres » a ensuite pris le relais en reprenant notamment des chansons diffusées dans le célèbre « Vlaamse top tien ».
Au-delà de l’aspect festif de l’événement, il s’agissait bien entendu avant tout de faire découvrir l’autre principale communauté de Belgique (non je n'oublie pas les Germanophones !) et d’adresser aux médias et à la population un message d’ouverture et de tolérance bien nécessaire en cette période de crise politique.
Qui pourrait s’opposer à ce genre de message ? Qui aurait suffisamment de mépris et de haine pour manifester son indignation contre cela ? C’est difficilement concevable et pourtant ce fut le cas. A Dinant, les organisateurs et les spectateurs ont en effet été accueillis par un cortège de membres du petit parti rattachiste à la France, le RWF. Pour ces personnages, fêter la Flandre en Wallonie est une provocation, c’est de la collaboration avec le nationalisme flamand….

Les mots m’ont longtemps manqué pour exprimer mon ressenti par rapport à ces manifestants de l’intolérance. Maalouf m’a quelque peu aidé à formuler ma réponse.

Pour lui, l’identité – même si l’on peut critiquer le choix du terme même - d’une personne vivant dans une communauté, qu’elle soit linguistique, religieuse ou culturelle, est multiple. Aucune caractéristique de cette identité ne doit prévaloir. Pour les rattachistes, l’identité d’une personne vivant en Wallonie est avant tout liée à la langue, le français. Pour eux, il est donc logique de réunir les destinées de la Wallonie et de la France. Mais la langue fait-elle tout ?

Les Wallons partagent une histoire commune avec la Flandre et Bruxelles. Au cours de l’histoire de Belgique, des liens ont été noués entre des familles, entre des amis par de là la frontière linguistique. Les Flamands, les Bruxellois et les Wallons, immigrés de très longues dates ou primo-arrivants, ont partagé des peines, des luttes sociales…. des joies communes. Cela forge aussi des points communs dans la formation de l’identité des habitants de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles.

Il n’est pas interdit non plus de répondre par l’absurde au nationalisme francophile. Ainsi, peut-on se poser la question suivante : un militant altermondialiste wallon se sent-il plus proche d’un militant altermondialiste flamand ou d’un Français membre du MEDEF proche de l’idéologie de Philippe de Villiers ?

Maalouf conclut. De tout temps et partout dans le monde, il y a eu des gens pour crier un peu plus fort que le reste de la population leur appartenance à une caractéristique de leur identité au détriment des autres caractéristiques. Cette affirmation va souvent de pair avec le rejet de personnes qui ne partagent pas cette caractéristique ainsi qu’avec une culture des préjugés à l’encontre de ceux qui appartiennent au groupe « ennemi ».

Ce qui s’est passé ce 12 juillet à Dinant n’est que l’illustration de cette dernière thèse. Pour les rattachistes, le flamand est forcément nationaliste, quelqu’un pour qui on ne doit pas faire l’effort de s’ouvrir puisqu’il est lui-même fermé à toute autre culture que la sienne. Aux jeteurs de ponts, comme B Plus, de démontrer qu’ils ont tord au risque de passer aux yeux des rattachistes pour de « mauvais francophones ». Mais cela, Maalouf nous l’apprend aussi, n’est pas propre aux petits esprits égarés sur cette belle terre de Belgique.

Nicolas Parent

16:08 Écrit par Ensemble pour une Belgique pleine d'avenir - Samen voor een Belgi dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : rwf bplus dinant amin maalouf |  Facebook |