08/06/2007

 

 

Une autre Belgique est possible.

(carte blanche parue dans le Soir 08/06/2007) 

 

                                                                        

            Etant dans la dernière ligne droite de la campagne électorale fédérale de 2007, on entend de plus en plus, aussi bien aux niveaux médiatique que politique, que l’après 10 juin sera crucial pour l’avenir de la Belgique et que le gouvernement prendra des mois pour être formé (ou plutôt négocié). L’instabilité qui en découlera pour notre pays est finalement reléguée au second plan, l’important pour chaque formation politique étant d’en retirer le plus d’avantages possibles pour sa Communauté et d’être considérée par celle-ci comme la plus « flamandissime » ou « francophonissime », c’est selon. Par ailleurs, au niveau des scénari évoqués pour le futur de notre Etat, les exercices rhétoriques se multiplient à l’envi et on entend parler indifféremment de fédéralisme responsable, fédération, rattachisme, confédéralisme et autre co-fédéralisme, sans s’inquiéter du flou artistique total dans lequel cela plonge le citoyen électeur.

 

            En tant que citoyen responsable, on ne peut que s’insurger contre cet état de fait et surtout y proposer une alternative basée sur un nouveau modèle de gestion de notre vie en société pour qu’enfin toute nouvelle réforme de l’Etat se fasse au bénéfice de l’ensemble des citoyens belges. Pour commencer notre réflexion, un constat s’impose : le modèle fédéral est celui correspondant le mieux aux spécificités de la société belge. En effet, le système unitaire basé sur un Etat centralisé comme on le connut jusque dans les années’70 est définitivement dépassé par rapport aux attentes de la population, surtout lorsqu’on prend en compte l’émancipation du mouvement flamand, l’essor de Bruxelles et de ses caractéristiques propres ainsi que le désir wallon de s’occuper à bras le corps de son économie. Cette « Belgique de bon papa » est belle et bien révolue.

 

La Belgique d’aujourd’hui ne représente pas davantage l’idée que l’on se fait d’un appareil fédéral sain, efficace, loyal et au sein duquel les Communautés et Régions se respectent mutuellement. Chaque importante négociation communautaire et étape dans la réforme de l’Etat sont d’ailleurs là pour nous rappeler ce spectacle parfois consternant : affrontement de deux blocs communautaires ; marchandages fumeux entre compétences et revendications (on se souviendra qu’il y a deux ans le maintien de B-H-V avait été mis en balance avec la scission de la Coopération au développement) ; décisions guidées uniquement par des facteurs nationalistes... Tout ceci se faisant finalement très peu en fonction de l’intérêt supérieur du citoyen belge. Cette « Belgique de papa » faite d’une rancœur attisée par de petits partis composés d’excités communautaires (aussi bien au Nord qu’au Sud du pays), de revanche à prendre sur l’autre, de caricatures et finalement de compromis minimalistes arrive également à la fin de son parcours et agace tellement ses habitants qu’ils se désintéressent malheureusement chaque jour un peu plus de la politique.

           

            Nous nous devons donc de mettre en place les conditions pour qu’une autre Belgique soit possible. Non seulement pour redorer notre blason vis-à-vis de nos voisins européens[1], mais surtout pour concentrer toute l’énergie de nos responsables politiques aux véritables défis de notre société (emploi, système social, environnement…), redonner l’envie à nos concitoyens de participer aux débats publics et sortir des querelles communautaires « par le haut », sans vainqueur, ni vaincu.

 

Pratiquement, cela doit passer par une véritable et respectueuse compréhension des aspirations de l’autre Communauté lors de négociations au niveau fédéral. Il est important par exemple de rappeler constamment aux hommes politiques flamands qui en doutent que la solidarité interpersonnelle et financière entre tous les habitants du pays est un pilier indispensable de tout appareil fédéral efficace car cela crée un lien entre tous les individus, peu importe leur langue, leur âge ou leur lieu de résidence. L’intégralité de notre système de sécurité social doit donc rester fédéral. Dans le même ordre d’idée, les transferts financiers d’une région vers une autre sont tout à fait normaux au sein d’un Etat, c’est d’ailleurs le cas dans tous les pays du monde, fédéraux ou pas, et souvent dans des proportions bien plus grandes qu’entre la Flandre et la Wallonie, ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas s’activer au redressement de la région en difficulté. Inversement, les Francophones devraient se montrer davantage à l’écoute des souhaits flamands de protection de leur culture et de leur langue. La langue française ayant un rayonnement bien plus important que la langue néerlandaise, celle-ci a besoin de protections légales pour assurer sa subsistance à long terme. A ce sujet, les responsables politiques francophones ont souvent trop rapidement jugé durement des mesures ou des thématiques flamandes allant dans ce sens, dont le fameux « Wooncode ».

 

A côté de ces principes élémentaires de convivialité, une nouvelle manière d’aborder toute  réforme de l’Etat à venir se doit de voir le jour, trouvant ses racines dans les concepts d’efficacité et de bonne gouvernance. Pour se faire, il faut tout d’abord briser le tabou de la refédéralisation de certaines compétences. Il est en effet sain de reconnaître qu’on ait pu aller trop loin et que certains domaines seraient mieux gérés au niveau fédéral. De même, il faut que toute future régionalisation soit articulée selon une vision objective et que tous les acteurs concernés (associations, syndicats et entreprises…) soient mis autour de la table. Parallèlement à cela, les communautés et régions doivent intensifier leur collaboration pour permettre à leurs politiques d’optimaliser leurs effets.

 

Enfin, des mesures très concrètes pourraient être mises en œuvre rapidement en vue de régler certains blocages communautaires et d’améliorer l’essence de notre modèle fédéral. La première est l’instauration d’une circonscription électorale fédérale qui permettrait enfin aux électeurs de voter pour des personnes et des partis situés de l’autre côté de la frontière linguistique. Cela aurait des effets collatéraux non négligeables comme le fait d’inciter à faire campagne dans l’autre communauté, à prendre sérieusement en compte les desiderata de ses habitants et à parler correctement leur langue. La seconde consiste à l’instauration d’un système de hiérarchie des normes qui aurait comme avantage de dénouer des situations conflictuelles entre régions lorsque l’intérêt général le requiert (l’épisode DHL étant un cas d’école à ce niveau-là).

 

            Ce qui précède, et la liste est loin d’être exhaustive, constitue clairement le point de départ incontournable de la refonte de notre appareil institutionnel en un fédéralisme équilibré et durable qui donnera la possibilité à la Belgique d’assurer son avenir, conformément à ce que souhaite la grande majorité des Flamands, Wallons et Bruxellois, et d’améliorer celui de tous ses habitants. Oui, une autre Belgique est donc possible…

 

 

 

Gilles Vanden Burre                                                

Président de l’asbl Bplus 

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Nicolas Parent  

Vice-Président de l’asbl BPlus

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[1] Le journal néerlandais De Telegraaf  titrait, dans son édition du samedi 2 juin, son article sur les élections belges « Voter en Absurdistan », ce qui se passe de tout commentaire.

16:50 Écrit par Ensemble pour une Belgique pleine d'avenir - Samen voor een Belgi dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : 10 juin elections federales politique belgique communautaire |  Facebook |