27/11/2009

Carte blanche parue dans Le Soir du 26/11.

Qu’est-ce qu’on attend pour scinder B-H-V ?

 

Nous y revoilà. Après la nomination de notre Premier ministre au sommet de l’Europe, les trois lettres les plus sacrées de la politique belge sont de retour. Peu importe les pertes d’emploi dans tous les secteurs de l’économie ou les budgets publics ressemblant à des peaux de chagrin. B-H-V impose son agenda à tous, accapare la Une des journaux et arrive à pourrir le peu de stabilité politique qu’avaient apporté ces derniers mois. En outre, dès que ce mot est prononcé, la raison cède immédiatement le pas à l’émotion. Il est dès lors temps d’en finir avec ce dossier avant qu’il ne provoque de graves dégâts collatéraux risquant de mettre en péril le bien-être de nos concitoyens. B-H-V a effectivement le pouvoir de bloquer de longs mois notre gouvernement fédéral, voire de le faire tomber, ce qui serait un désastre en cette période de trouble économique. Par ailleurs, pas un responsable politique francophone n’ignore que la fin de cette saga verra la scission du fameux arrondissement électoral, la seule question est de savoir quand. Qu’attend-t-on donc pour le scinder ?

 

Veut-on éviter de se mettre à genoux face aux exigences flamandes qui veulent la scission sans concession ? Ce serait faire une lecture simpliste de la position flamande. En effet, les trois responsables politiques néerlandophones les plus importants aujourd’hui, Herman Van Rompuy, Kris Peeters et Marianne Thyssen, tous ténors du CD&V, ont récemment déclaré vouloir trouver une solution négociée avec les Francophones. Seuls les nationalistes de la N-VA ou du Vlaams Belang refusent de discuter, comme toujours. Il est de surcroit paradoxal de constater que les médias flamands ont beaucoup moins polémiqué que leurs homologues francophones lors de ce quatrième conflit d’intérêt enclenché par le parlement germanophone. Peu d’articles enflammés dans les pages d’opinion du Standaard ou du Morgen et aucun débat dominical sur le sujet. C’est bien au Sud du pays, cette fois-ci, que la braise communautaire s’est rapidement ravivée. A qui profite ce crime médiatique ?

 

            Veut-on éviter aux Francophones de perdre leurs droits fondamentaux ? Tout d’abord, personne n’a encore réussi à démontrer qu’un seul des habitants francophones de ce pays risquait de perdre du pouvoir d’achat, de voir l’avenir de ses enfants compromis ou d’assister à une dégradation de son environnement en cas de scission de B-H-V. Ensuite, même au niveau des droits des Francophones de la périphérie bruxelloise, en cas de solution négociée (c’est bien ce dont il s’agit ici), ils pourront continuer à voter pour des candidats francophones. Que ce soit via la possibilité de s’inscrire sur des listes électorales bruxelloises (mécanisme développé durant les discussions de 2005, sous Verhofstadt II) ou via l’instauration d’une circonscription électorale nationale, comme préconisée par notre mouvement BPlus.

 

            Veut-on éviter la fin de la Belgique ? C’est la thèse chérie des radicaux du FDF qui estiment que scinder B-H-V sans élargir Bruxelles équivaut à foncer vers le séparatisme. Il n’y a rien de plus faux. Non seulement, en cas de scission de B-H-V, ce ne serait pas Bye Bye Belgium mais plutôt Bye Bye Maingain car nul n’ignore que la périphérie bruxelloise est un réservoir de voix important pour le FDF sans lequel ce parti redeviendrait tout à fait confidentiel. Mais, en plus, le vif désaccord communautaire autour de cet arrondissement électoral fait le jeu des nationalistes flamands. Leur objectif avoué est de pourrir totalement le climat entre politiciens francophones et flamands afin d’atteindre ce qui les intéresse vraiment : la scission de la sécurité sociale, le détricotage de la solidarité et la marche forcée vers le confédéralisme. Leur dernier fantasme va encore plus loin : ils aimeraient que le gouvernement belge tombe sur la question de B-H-V, qu’on organise dans la foulée des élections fédérales et qu’elles soient ensuite annulées car l’anomalie B-H-V[1] n’aurait pas été solutionnée. Les gouvernements régionaux continueraient alors à exercer le pouvoir sans niveau fédéral. Le seul moyen de construire un avenir prometteur à notre Etat fédéral est donc bien de couper l’herbe sous le pied nationaliste et de mettre un point final à cette querelle datant du 20e siècle.

 

            Une fois cette épine institutionnelle hors du pied, une vraie réforme de l’Etat pourra enfin voir le jour et de nouvelles pistes pourront alors être explorées. L’une d’entre elles est la création d’une Communauté urbaine, englobant Bruxelles et sa périphérie et traitant de mobilité, d’urbanisme et de politique de l’emploi. Toutes les associations patronales du pays (Voka, UWE, BECI et FEB ensemble) réclament d’ailleurs une telle structure, mieux connue sous le nom de Brussels Metropolitan Region. Même un flamingant notoire comme Eric Van Rompuy (frère d’Herman) reconnaissait récemment sur TV Brussel qu’une telle structure était envisageable, mais uniquement une fois B-H-V scindé. Les tabous linguistiques ont la vie dure, débarrassons-nous en !

 

Ceux qui s’accrochent à B-H-V comme dernier symbole d’une certaine idée de la Belgique ne veulent pas entendre parler de quelconque réforme car ils préfèrent vivre dans leur Belgique à papa. Celle où l’apprentissage du néerlandais resterait superflu et la supériorité de la culture francophone serait reconnue par les responsables flamands. La Belgique à la sauce FDF en somme.

 

Nous appelons les responsables politiques francophones à montrer l’exemple, à briser les tabous du passé et à scinder B-H-V au plus vite dans le cadre d’une solution négociée. Avec des dirigeants de bonne volonté du Nord et du Sud du pays, sous la direction d’un démineur royal habitué aux succès institutionnels, un réel accord peut être obtenu dans les semaines à venir. On lui fera une place de choix sous le sapin de Noël.



[1] Le Conseil d’Etat a estimé qu’il fallait redessiner les circonscriptions électorales car celle de Bruxelles-Halle-Vilvoorde provoquait un déséquilibre par rapport aux autres circonscriptions. Il n’a pas donné d’indication quant à la solution à apporter.

12:03 Écrit par Ensemble pour une Belgique pleine d'avenir - Samen voor een Belgi dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Un nouvel espace de discussion sur la politique belge et internationale a vu le jour. N'hésitez pas à nous rejoindre, nous vous y accueillerons avec plaisir (voir lien ci-dessous ;-)) !

Écrit par : Sébastien Strazzer | 27/11/2009

Tout à fait d'accord avec cette carte blanche!

Écrit par : Un petit Belge | 27/11/2009

Je vous conseille de visiter régulièrement le blog "Liège-France": http://liege-france.blogspot.com

Écrit par : André Schreurs | 06/01/2010

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