04/03/2009

Carte blanche parue le 4/03/2009 dans Le Soir

L’après-Belgique sera…belge ou ne sera pas!

 

 

Cela fait plusieurs jours que les pages d’opinion du Soir se remplissent de vifs plaidoyers demandant le rattachement à la France ou du moins la mise en place d’une « Belgique light » formée uniquement de la Wallonie et de Bruxelles. Ces envolées lyriques et ces plumes aiguisées font certainement le bonheur des quelques militants attachés à ces idéaux nébuleux mais on peut douter de leur pertinence quant à l’avenir des citoyens wallons et bruxellois car elles ne proposent rien. Les arguments de Jules Gheude et de Paul-Henri Gendebien sont, comme à leur habitude, un condensé de préjugés anti-flamands, d’analyses politiques simplistes et de raccourcis historiques. La position de Claude Demelenne, fédéraliste convaincu, doit sans doute être davantage dictée par la désolation de la situation politico-communautaire actuelle. Leur plan d’actions concret pour résoudre nos écueils institutionnels, voire même ébaucher des négociations d’indépendance (quid de Bruxelles, de la périphérie bruxelloise, de la répartition de la dette publique, de l’impôt des navetteurs, du partage du passif fédéral, de la sécurité sociale…) se résume donc à une page blanche et il est clair que l’émotion et la nostalgie ont pris, dans leur discours, le pas sur le bons sens et les enjeux socio-économiques actuels. Il faut malgré tout reconnaître un point commun important entre les textes précités, l’argumentaire des nationalistes flamands et celui d’un mouvement comme BPlus : la situation actuelle n’est plus tenable et les différents niveaux de pouvoir ne fonctionnent pas de manière optimale. Le constat est donc clair et unanime. Les solutions suggérées sont évidemment divergentes.

 

Notre plaidoyer se base sur la nécessité d’une importante réforme de l’Etat qui entrainerait une répartition des compétences établie en fonction de critères objectifs d’efficacité, qui renforcerait l’Etat fédéral et la solidarité interpersonnelle et surtout résoudrait une fois pour toutes nos problèmes linguistiques. Ce dernier volet étant d’ailleurs essentiel : il faut solutionner les questions ayant trait au communautaire « pur » parallèlement à la réflexion sur l’attribution des leviers socio-économiques entre Etat fédéral et Régions/Communautés. On ne peut plus se permettre des négociations où on échange la scission d’un arrondissement électoral contre la régionalisation de la coopération au développement, comme ce fut le cas durant l’été 2005. Le financement d’écoles au Congo ne peut dépendre du type de liste sur lequel voteront les Francophones de la périphérie ! Afin de contribuer à l’édifice de cette « nouvelle Belgique » et de combler le besoin criant de solutions concrètes, voici une proposition simple de résolution définitive des épines linguistiques empêchant la conclusion d’une réforme de l’Etat bénéfique à tous :

 

·        Scission de l’arrondissement électoral de BHV moyennant la mise en place d’une circonscription électorale nationale.

·        Nomination des trois bourgmestres francophones de la périphérie moyennant leur engagement à respecter les législations linguistiques.

·        Refus définitif de toucher à la frontière linguistique et donc d’élargir la Région bruxelloise.

·        Mise sur pied d’une Communauté urbaine traitant de matières socio-économiques et englobant Bruxelles avec sa périphérie.

·        Reconnaissance du statut autonome de la Région bruxelloise, au même niveau que celui des Régions wallonnes et flamandes.

·        Maintien du régime des facilités de manière illimitée dans le temps et suppression des circulaires Peeters et Martens.

 

Cet accord équilibré représente un véritable compromis car il permet aux responsables des deux Communautés de sortir vainqueurs des discussions tout en leur imposant des concessions importantes et courageuses. Les Flamands devront par exemple reconnaître la spécificité bruxelloise tout en pavoisant sur la scission de BHV, tandis que les Francophones pourront se réjouir de la fin des tracasseries en périphérie (circulaires Peeters et Martens) tout en fixant définitivement les frontières de la Région Bruxelles-Capitale. Ne rêvons toutefois pas, ce projet clair tenant sur une demi-page sera descendu en flèche par les extrémistes de tout bord qui hurleront à la trahison suprême et essayeront par tous les moyens de faire échouer un tel consensus.

Nous restons malgré tout convaincus que si une majorité des 2/3 est trouvée sur ce texte, ou un autre du même type, avec une majorité de chaque côté de la frontière linguistique, une réforme de l’Etat sur les principaux outils socio-économiques pourraient rapidement voir le jour. De nombreux accords partiels ayant déjà été trouvés par les négociateurs, notamment sur la politique de l’emploi.

 

            Chaque jour qui passe nous montre malheureusement toujours davantage que notre situation institutionnelle n’est plus gérable, avec un Etat fédéral désargenté et un cruel manque de confiance entre les différents niveaux de pouvoir. Compte tenu de cet état de fait, chaque jour qui passe semble également nous rapprocher de cette solution de facilité, appelée confédéralisme, qui, tout en reléguant la solidarité au placard, nous projettera définitivement dans une « conférence diplomatique permanente » nuisible à tous. Ce serait irresponsable par rapport aux défis majeurs qui nous attendent.

Il nous faut donc dans les plus brefs délais s’atteler à une remodélisation de notre système qui nous amène enfin vers un fédéralisme moderne, efficace et solidaire. Une fois débarrassés de nos casseroles linguistiques, nous pourrons alors construire un niveau fédéral fort, garant de la solidarité et capable d’intervenir rapidement en de cas de crise, tout en promouvant l’autonomie et la responsabilisation régionale. Dans tous les pays fédéraux au monde, c’est possible, sauf chez nous ! Sans doute à cause de nos tabous et symboles communautaires qui nous éloignent des priorités et qui surtout paralysent la génération politique actuelle, née dans les années’60 et hantée par la frontière linguistique, les Fourons, les facilités ou le « Walen Buiten ». Faudra-t-il dès lors attendre la prochaine génération politique pour réaliser ce grand « New Belgian Deal » ? Ce n’est pas souhaitable car le temps presse et le rideau risque de tomber sur un pays auquel ses habitants restent majoritairement attachés sans oser le crier assez fort.

 

 

Gilles Vanden Burre

13:45 Écrit par Ensemble pour une Belgique pleine d'avenir - Samen voor een Belgi dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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