20/01/2009

En Belgique, we also can !

Cela fait maintenant plus d’une semaine que l’ensemble des médias planétaires saluent en chœur la prise de fonctions de Barack Obama comme Président des Etats-Unis d’Amérique. Certainement parce qu’il est jeune, charismatique, d’un calme à tout épreuve ou fin stratège mais surtout parce qu’il est noir, ou plus précisément métis. Il est en effet le premier afro-américain (comme environ 15% de la population de son pays) à atteindre ce poste suprême et par la même occasion à avoir réconcilié la société américaine, ou du moins une grande partie d’entre elle, avec ses vieux démons racistes et ségrégationnistes. Rappelons-nous qu’il y a cinquante ans, un Blanc et un Noir ne pouvaient s’asseoir dans le même bus au pays de l’Oncle Sam. Le chemin parcouru est donc énorme et, peu importe l’idéologie politique soutenue, on ne peut que s’incliner devant ce constat.

 

            Quelles leçons pour notre petit pays peut-on tirer de ce renouveau du leadership mondial ? Outre le fait singulier que l’ensemble des partis politiques belges (hors extrême droite) ont ostensiblement soutenu Obama, indépendamment de leur couleur politique, on peut se demander pourquoi ne pourrait-on réussir en Belgique ce que nos amis d’Outre atlantique ont réalisé en élisant le Sénateur démocrate. En un demi siècle, ils sont en effet parvenus à remiser leurs divisions ethnico-raciales au placard afin de faire face ensemble à la plus grave crise financières des quatre-vingts dernières années et aux énormes défis socio-économiques à venir. Aujourd’hui, tout n’est pas rose pour autant et cette évolution doit évidemment beaucoup à la personnalité et au discours d’un leader tel que Barack Obama. Néanmoins, chez nous, durant ces mêmes années, bien que la classe politique ait réussi à amener le pays vers le modèle fédéral, les frustrations communautaires sont toujours bien présentes des deux côtés de la frontière linguistique et il serait totalement impensable aujourd’hui d’assister à l’émergence d’un leader politique national plébiscité par nos trois Régions et capable de tenir le même discours à chacune, avant et après les élections. La race n’est évidemment pas la langue et les problèmes ethniques ne sont pas si facilement transposables aux questions communautaires. Malgré tout, notre monde politique dans son ensemble devrait s’inspirer de la démarche du « Kennedy noir » afin de réconcilier une bonne fois pour toute les deux grandes Communautés composant notre pays.

 

            Pour ce faire, les dogmes et autres barrières idéologiques doivent être surmontés. La compétence et la rigueur au travail ne sont pas liées à la langue parlée mais aux qualités intrinsèques de chaque individu. Ce n’est pas parce qu’on fait les choses au niveau d’une communauté linguistique homogène qu’on les fait nécessairement mieux et ce n’est pas le fait d’être flamand, wallon ou bruxellois qui détermine les aptitudes intellectuelles, sportives ou artistiques. C’est l’évidence même mais, actuellement, ces principes de base sont souvent bafoués dans notre pays. En effet, comment expliquer autrement la volonté de certains de vouloir organiser la solidarité ou l’octroi d’un revenu de subsistance en fonction de la langue parlée ou le refus d’autres de laisser les citoyens voter pour des personnalités provenant d’une autre Communauté ?

Ces exemples non exhaustifs démontrent bien que nous ne sommes finalement pas si loin que ça de l’Amérique des années 50, il suffit de remplacer dans les quelques lignes qui précèdent les mots Flamands et Wallons par Noir et Blanc pour s’en rendre compte.

Même si la gravité de la crise économique que traverse actuellement le monde en général et la Belgique en particulier a réveillé (avec une bonne gueule de bois) nos responsables politiques et surtout démontré l’importance d’un Etat fédéral fort, que d’aucun enterrait déjà, nos différends communautaires devront être résolus afin de pouvoir affronter les épreuves majeures qui nous attendent. Le gouvernement fédéral est cette fois-ci intervenu en dernière minute pour sauver l’ossature même de notre système bancaire, qu’on approuve la méthode ou pas, et il serait temps de dorénavant jouer à l’architecte plutôt qu’au pompier. Pour y arriver, on ne fera pas l’économie d’une profonde remise en cause institutionnelle. Scinder BHV sans élargir la Région bruxelloise, nommer des bourgmestres d’une autre langue que la sienne (en attendant légitimement un geste de leur part), allouer les compétences au niveau objectivement le plus approprié, respecter strictement les minorités linguistiques dans chaque Communauté ou encore rendre nos enfants bilingues lorsqu’ils sortent de l’enseignement secondaire. Des concessions impensables il y a cinquante ans devront dès lors être faites au Nord et au Sud si nous voulons réaliser notre « rêve américain », sous la houlette d’un leader d’exception, un Obama « à la Belge ». Seuls son charisme, sa vision, sa volonté de rompre avec le style et les recettes des cinq dernières décennies et son envie de rassembler au-delà des lignes politiques habituelles compteront. Peu importe qu’il ou elle s’appelle Yves, Joëlle, Karel, Didier, Kris, Elio ou Jean-Michel mais bien qu’il ou elle apporte de vraies avancées et des changements… auxquels nous pourrons croire. Il faudra probablement attendre la prochaine génération politique pour voir un tel meneur providentiel émerger, une personnalité qui n’aura pas vécu directement les frustrations et les combats linguistiques des années 60 et 70, et qui pourra se passer des petits partis « parasites », tels le FDF et la N-VA, n’ayant que le conflit communautaire comme fonds de commerce. Espérons seulement que l’attente ne soit pas trop longue, que l’Obamania imprègne les jeunesses politiques actuelles et qu’ensemble on puisse enfin construire une « Belgium we can believe in » !

18:50 Écrit par Ensemble pour une Belgique pleine d'avenir - Samen voor een Belgi dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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