02/01/2008

Carte blanche parue dans le Soir

Arrêtons les fantasmes, réformons l’Etat et rentrons dans le 21e siècle.              Après plus de 190 jours de négociations, d’information, de déminage, de formation, d’exploration, de nouvelle formation, et de mise sur pied d’un gouvernement intérimaire, on entend de plus en plus de voix s’élever dans les médias pour « mettre fin à ce vaudeville » et proposer des solutions alternatives au modèle belge. Que ce soit le scénario séparatiste classique (3 états), le rattachement de la Wallonie à la France, une union Wallonie-Bruxelles-Luxembourg ou encore le maintien de la Belgique sans la Flandre, toutes ces formules sont défendues par des tribunes enflammées, voire romantiques, dans les journaux sans qu’aucune ne soit concrètement analysée en termes de gain ou de perte de bien-être pour la population. En jouant sur l’envolée lyrique et l’émotion, tout est évidemment possible et défendable. On pourrait, dans ces conditions, en arriver même à argumenter en faveur d’un rattachement Wallonie-Congo en mettant en avant la réconciliation historique, le partage de la langue française, le rapprochement Nord-Sud, etc. Mais, rationnellement, personne ne l’envisage sérieusement pour des raisons socio-économiques évidentes. Il en va de même pour tous les autres scenari.             En effet, comment imaginer qu’un rattachement de la Wallonie à la France puisse amener un surplus de bien-être à nos concitoyens wallons ? La Wallonie deviendrait alors une région parmi d’autres et il n’est pas certain que la solidarité financière interpersonnelle exercée par la Flandre, les fameux transferts (estimés à environ 5 milliards d’euros selon les études les plus sérieuses), soit assurée par les régions françaises les plus riches qui assument déjà une redistribution importante vers le Nord Pas-de-Calais, la Corse ou encore les départements d’outre-mer. On peut également se demander si Nicolas Sarkozy verra avec bonheur son pays reprendre à son compte environ 40% de la dette publique belge alors que son gouvernement est déjà fort endetté. Les grands prédicateurs du rattachisme se gardent évidemment bien de donner la moindre piste à ce sujet. L’avenir du bien-être wallon se résumerait en fait en un grand point d’interrogation socio-économique, sans parler du futur de la région bruxelloise, que les instances européennes ne laisseront jamais s’unir à nos voisins d’outre-Quiévrain, sauf à s’en aller vers une nouvelle capitale plus à l’Est.Concernant le cas de figure « classique » de la séparation de la Belgique en 3 nouveaux états, le constat en terme de bien-être est au moins aussi limpide. En effet, nul aujourd’hui n’ignore qu’en cas d’indépendance, le taux de pauvreté en Wallonie augmenterait entre 15 et 20% selon les estimations. Au niveau flamand, même si dans un premier temps le montant épargné sur les transferts pourra être entièrement alloué à la solidarité « intra-flamande », les effets d’une séparation à moyen terme seront économiquement néfastes pour deux raisons principales : le financement des pensions, étant donné la courbe démographique flamande et le manque à gagner fiscal des 300 à 400.000 navetteurs flamands travaillant à Bruxelles, qui devront dorénavant y payer leurs impôts. On se rend donc bien compte qu’en intégrant uniquement les conséquences socio-économiques les plus concrètes, en laissant de côté les arguments plus subjectifs mais essentiels comme l’abandon de la solidarité, de la richesse multiculturelle ou du rôle de la Belgique au niveau international, la séparation classique est de fait un scénario « lose-lose ».Un dernier élément non négligeable est bien sûr la légitimité démocratique de ce genre d’alternatives à l’entité Belgique. Lorsqu’on sait que le parti rattachiste a fait aux alentours de 1% aux dernières élections et que l’hypothèse séparatiste ne recueille qu’environ 12% d’avis favorable en Flandre (sondages du 11 novembre et 4 décembre 2007), il devient évident qu’il n’est même pas question de soutien populaire un tant soit peu significatif. A qui profite donc le crime ? Electoralement, l’extrême droite (le Vlaams Belang en tête) et les nationalistes de la N-VA sont évidemment les premiers bénéficiaires de ce genre de contexte de crise. Par ailleurs, dans le Sud du pays, on peut également supposer que les conservateurs « francophinissimes » du FDF vont y trouver leur compte ainsi que les dinosaures du Rassemblement Wallonie-France (RWF). De manière plus générale, tous ceux prônant le repli sur leur propre Communauté, la caricaturisation des souhaits de l’autre Communauté, et le refus du modèle fédéral belge, voient en la crise actuelle la preuve de la justesse de leur argumentation, sans se soucier un seul instant du quotidien de l’ensemble de nos concitoyens.  Comment sortir de cette impasse est de ce fait la question qui s’impose. La réponse la plus réaliste est de trouver un tronc commun, une troisième voie entre le confédéralisme (antichambre du séparatisme) et le refus de toute nouvelle avancée institutionnelle. Pour se faire, et c’est fort à la mode en ce moment, il serait intéressant de poser les 3 questions suivantes aux responsables politiques désireux de résoudre nos problèmes communautaires: -                           Etes-vous prêt(e) à réformer l’Etat sans tabou et à parler aussi bien de nouvelles régionalisations que de refédéralisations?-                           Souhaitez-vous améliorer le modèle fédéral belge et rejeter les tendances séparatistes ?-                           Vous engagez-vous à garder au niveau fédéral les mécanismes de solidarité interpersonnelle entre tous les citoyens belges ? Si la réponse est oui aux 3 questions, les partis flamands et francophones impliqués trouveront certainement un terrain d’entente équilibré et profitable à tous. Tout simplement parce que la confiance entre partenaires sera rétablie, que les Francophones auront reconnu le principe d’une véritable réforme de l’Etat et que les Flamands auront officiellement rejeté l’option séparatiste et confirmé le maintien de liens de solidarité forts.             Cette formule est la seule qui puisse permettre à notre pays d’entrer de pleins pieds dans le 21e siècle et de ranger définitivement dans les cartons le nationalisme flamingant de la N-VA, le fanatisme linguistique du FDF, le rattachisme féodal du RWF et les tendances séparatistes égoïstes. Une Belgique fédérale, efficace et solidaire se doit de voir rapidement le jour pour le bien de tous ses habitants et afin de reprendre son rôle d’exemple de convivialité multiculturelle au cœur de l’Europe. Il n’y a plus une seconde à perdre.  Gilles Vanden BurrePrésident du Comité de direction de l’asbl BPluswww.bplus.be

10:42 Écrit par Ensemble pour une Belgique pleine d'avenir - Samen voor een Belgi dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : rwf fdf nva rattachisme gendebien b plus separatisme belgique |  Facebook |

Commentaires

Le Rassemblement Wallonie-France n'est pas en bonne forme : maigre résultat électoral (environ 1%) le 10 juin 2007, tensions internes, méthodes autoritaires du président Gendebien, diminution du nombre de membres de 900 à 600. Malgré les tensions communautaires et six mois de crise politique, le rattachisme n'a pas suscité d'engouement auprès des Belges francophones qui ont plutôt montré leur attachement à la Belgique unitaire. Le rattachisme ne vit que grâce à quelques sympathisants très actifs sur les blogs et forums.
Par contre, différentes initiatives citoyennes ont eu du succès ces six derniers mois : 140.000 signatures en faveur de l'unité de la Belgique, 35.000 personnes dans les rues de Bruxelles le 18 novembre, augmentation du nombre de membres de BPlus (de 3.000 à 4.000 ; quels sont les chiffres exacts?), plus de 56.000 drapeaux belges vendus en six mois, 105.000 signatures (dont 60% de néerlandophones) en faveur du maintien de la sécurité sociale fédérale. Ces chiffres incontestables montrent qu'il y a bien eu un sursaut patriotique en 2007. A nous de poursuivre la mobilisation en 2008...

Écrit par : Un petit Belge | 02/01/2008

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